Saint-Jacques-de-Compostelle

Depuis toujours le chemin de Compostelle m'attire. Ce lundi 13 juin 2016, j'ai franchi une première étape en m'inscrivant à une association jacquaire, l'association provençale des pèlerins de Compostelle.

Ceci pour bénéficier de l'expérience d'anciens pèlerins ainsi que des renseignements sur la portion de Marseille à Arles. Ils ont en effet balisé le chemin jusque Arles pour rattraper la route du sud.

Cette route semble moins fréquentée que celle du Puy ou d'autres. C'est aussi bien pour trouver des gites le soir. Une bonne période pour commencer le chemin est septembre. J'ai l'intention de faire les 1667 km en deux fois. La première pour aller jusqu'au Pyrénées.

 

 

"Partez l'esprit libre, en paix avec votre entourage"

 

Première partie : Marseille - Puente-la-Reina

Le 20 août je me décide à partir. Je me précipite dans la grande enseigne de sport pour acheter mes derniers effets, une veste étanche et des tee-shirts supplémentaires.

Le dimanche 21 août je prépare mon sac à dos. Sans ravitaillement il fait moins de 7 kilos, mais j'ai prévu une grosse poche à eau de 2 litres. Il fera moins de 9 kilos tout plein.

Car dans toutes mes étapes, je ne prévois rien pour le repas du midi.

Lundi 22 août, je pars de Marseille la-Batarelle. En effet pour moi, le chemin doit partir de mon domicile. Mais je connais tellement Marseille centre, que je décide de partir de l'Étoile.

Je ne vais pas vous abreuver de toutes mes étapes détaillées, il y a tellement de monde qui les ont publiées sur le net.

Je m'en tiendrais uniquement au découpage que j'ai effectué, mes impressions générales, mes coups de cœur pour l'hébergement et quelques photos commentées.

Découpage de la première partie

Les étapes que j'ai effectué ne sont pas du tout dans le standard de ce qui est pratiqué couramment. Ce sont de longues étapes, qui en moyenne donnent 37,5 km par jour durant mes 4 semaines de marches. J'ai fait ce choix, car après avoir marché toute la matinée, je ne me voyais pas attendre toute une après midi dans un petit village l'étape suivante.

De plus en plus je cherchais à m'arrêter dans de petits villages au détriment des villes.

Voici un tableau de mes 28 étapes.

 

1 Marseille - La-Fare-les-Oliviers

2 La-Fare-les-Oliviers - Aureilles

3 Aureilles - Arles

4 Arles - Vauvert

5 Vauvert - Montpellier

6 Montpellier - St-Guillem-du-Désert

7 St-Guillem-du-Désert - Lodève

8 Lodève - Le-Bousquet-d'Orb

9 Le-Bousquet - Saint-Gervais-sur-Mare

10 Saint-Gervais/Mare - Murat/Vebre

11 Murat/Vebre - Anglès

12 Angles - Castres

13 Castres - Dreuilhe

14 Dreuilhe - Renneville

15 Renneville - Toulouse

16 Toulouse - Giscaro

17 Giscard - Auch

18 Auch - Montesquiou

19 Montesquiou - Maubourguet

20 - Maubourguet - Morlaàs

21 Morlaàs - Lacommande

22 Lacommande - Sarrance

23 Sarrance - Urdos

24 Urdos - Villanua

25 Villanua - Arrés

26 Arrés - Undués-de-Lerda

27 Undués-de-Lerda - Monreal

28 Monreal - Puente-la-Reina


Motivation et impressions

Qu'est ce qui motive de faire le chemin de Compostelle, peu de gens en ont une idée précise. Sauf peut être ceux qui le font pour un motif uniquement religieux mais ce ne sont pas les plus nombreux.

Pour ma part, je n'en savais rien et après quatre semaines de marche, je ne le sais toujours pas. Je me disais que c'était un défi que je me lançais et qu'une fois accompli je passerai à autre chose. Les 4 derniers jours ont été assez pénibles avec une cheville douloureuse et une épaule qui ne supportait plus le sac à dos. Une ou deux fois j'ai pensé prendre un transport en commun pour rentrer. Mais en fin de compte je suis allé au bout (Ultreîa) et après trois jours de repos je pense déjà à la seconde étape. De plus, je réfléchis à d'autres parcours, la route du Puy par exemple alors que je n'avais pas du tout l'intention d'en faire d'autres après la Voie d'Arles.

 

La voie d'Arles que j'ai choisi est peu pratiquée. Dans ma première semaine, j'ai rencontré très peu de pèlerins et certaines fois j'étais seul dans le gîte.

Ma journée de marche se compose de la façon suivante :

- départ au lever du jour, après un petit-déjeuner copieux, 7 heure pour les premières étapes jusque 7h30 une fois en Espagne, je vais à l'ouest, même si c'est lentement.

- vers midi arrêt pour une pause boisson dans un café et là je réfléchis à l'endroit où je peux dormir le soir. J'appelle l'hébergement et je repars pour l'après midi.

- arrivée à destination de 15 à 17 heure suivant la distance ou les dénivelés. Le rituel du pèlerin commence, douche, lavage des vêtements et mise à jour du carnet de voyage.

On voit bien que durant ces journées, les préoccupations sont totalement différentes de celles du quotidien. Comme soucis je n'ai que le gîte, le couvert du soir et de me ménager, tout le reste du temps l'esprit vagabonde et profite des paysages.

Je n'étais pas parti pour visiter le plus d'églises, d'abbayes ou de monuments. Ni pour faire le plus de photos de Calvaire ou de statues de Saint-Jacques. Je voulais profiter des paysages et éventuellement des rencontres fugaces sauvages, renards, biches, écureuils, lapins, etc.

Le plus beau moment pour marcher est le lever du jour, durant deux ou trois heures avant que la chaleur n'arrive.

Mes journées de marche étaient principalement solitaires. Vu mon rythme, peu de pèlerins ont le même. J'ai marché 4 jours avec des compagnons de route, Maëva une jeune calédonienne sportive, Jacques et Philippe dans différentes étapes.

Tous les soirs je rencontrais donc de nouveaux pèlerins. La plupart avait de nombreux chemins dans les jambes et me faisaient profiter de leurs anecdotes. Les soirées en compagnie étaient très agréables, mais le coucher était tôt, il faut penser au lendemain. J'ai rencontré tous types de pèlerins, des très croyants, de joyeux drilles, ceux avec des sacs à dos énormes qui pourtant n'en étaient pas à leur coup d'essai. Ceux qui planifiaient leurs étapes des jours à l'avance et des sans-souci. Je me trouvais plutôt dans cette catégorie. Quelqu'un m'a dit en voyant le peu de choses que j'avais emporté : "tu as prévu qu'il ne t'arrivera rien, donc c'est ce qu'il va se passer"

En Espagne, le nombre de pèlerins augmente, mais reste modéré. Je n'ai jamais eu aucun problème pour trouver un lit le soir. C'est plus facile lorsqu'on est seul.

Par contre arrivé à Puente-la-Reina, c'est le choc. Les rues sont pleines de pèlerins, c'est la concentration de 4 chemins qui arrivent là. Et cela va être le quotidien jusque Santiago. Cela me donne quelques soucis pour la suite de mon pèlerinage, mais les gîtes sont pensés en conséquence. Cela fait des gîtes énormes avec les problèmes qui vont avec. 

Aucun souci de dialogue avec les espagnols pour trouver le gite et le couvert le soir. Il suffit de quelques mots et gestes pour trouver ce que l'on veut.

Le chemin est très bien balisé, saut certaines traversées de villes. Les 3 ou 4 erreurs que j'ai fait sont dues à ma précipitation et au fait que je m'entête souvent dans l'erreur au lieu de rebrousser chemin. Il va falloir que je me corrige sur ce point.

Le retour à la normale prend un peu de temps. D'abord retour à Marseille en prenant deux bus, un métro à Irùn et enfin deux trains. C'est long, mais ça ne prend qu'un jour alors que j'ai mis 28 jours pour l'aller. Ensuite à Marseille tous les petits tracas du quotidien reviennent, alors que sur le chemin ceux-ci disparaissent.

Vivement la suite sur El camino francès ou un autre auparavant.

Hébergements

J'ai essayé toutes sortes d'hébergements. Des gîtes communaux ou privés, des monastères, des cloîtres, chez l'habitant, à l'hôtel ou albergues en Espagne.

Partout j'ai trouvé que les pèlerins étaient très bien accueillis malgré le fait que ce ne sont pas des clients qui dépensent beaucoup et que quelques fois nous sommes crottés.

Je vous signale quelques hébergements que j'ai particulièrement apprécié :

- à Lodève, chez Nina. Excellente soirée en compagnie de Phaïna pour un prix très abordable.

- à Dreuilhe, la Métairie. Excellente chambre d'hôte avec un repas antillais.

- à Lacommande, La Commanderie de Saint-Jacques, très beau site avec chants grégorien en permanence dans l'église attenante.

- à Sarrance. Le cloître des Frères Prémontrés, excellente soirée en compagnie du frère et des hospitaliers.

- à Urdos. Excellent gite communal ainsi que l'épicerie également communale. Bel effort de la commune.

- à Arrés. Albergue de Arrés tenue par deux hospitaliers. Il faut monter au village perché.

Le Canimo Francès

Le Camino Francès
Le Camino Francès

Seconde partie : Puente-la-Reina - Saint-Jacques-de-Compostelle

Le 10 juin 2017, je décide de continuer mon chemin. Je prends un bus de Marseille à Irun, 12h de voyage assez fatiguant, n’ayant pas assez de place pour mes grandes jambes. Ensuite un bus me conduit à Puente-la-Reina. Je commence donc ma marche le 11 juin à 11h pour une demi étape de 24 km sous la canicule qui frappe toute la région ainsi que la France.

Par rapport à l’année dernière j’ai encore baissé le poids de mon sac à dos. Il ne fait que 4,3 kg sans eau. Par rapport à l’année dernière j’ai fait l’impasse sur les vêtements chaud et de pluie. Uniquement un sweat-shirt léger et un coupe-vent. Avec chance, la chaleur m’a accompagné une grande partie de mon chemin.

J’ai effectué les 690 km restant en 17 jours. Ma plus longue étape a été de 48 km et la plus courte 38, si je ne prends pas en compte la première et la dernière étape.

Découpage de la seconde partie

Dans cette seconde partie, j’ai eu de la canicule durant une grosse semaine. La traversée de la Castille est principalement faite de grande ligne droite et peu de relief, sans arbre avec la traversée de petits villages faits de maisons en torchis que l’on croit abandonnés. Ayant peu de paysages divers, je fais de longues étapes de plus de 40 km pour avancer rapidement.

Ensuite ayant l’habitude de marcher longtemps, j’ai gardé ce rythme même en Galice. Cette région est bien plus arborée et semble plus riche que la Castille. Beaucoup d’élevage et des maisons en pierre ou grés.

1. Puente-la-Reina - Estella

2. Estella - Viana

3. Viana - Azofra

4. Azofra - Tosantos

5. Tosantos - Burgos

6. Burgos - Castrojeriz

7. Castrojeriz - Carrion-de-los-Condes

8. Carrion-de-los-Condes - Sahagun

9. Sahagun - Puente-Villarente

10. Puente-Villarente - San-Martin-del-Camino

11. San-Martin-del-Camino - Rabanal-del-Camino

12. Rabanal-del-Camino - Camponaraya

13. Camponaraya - La-Faba

14. La-Faba - Barbadelo

15. Barbadelo - Palas-de-Rei

16. Palas-de-Rei - Santa-Irène

17. Santa-Irène - Saint-Jacques-de-Compostelle


Différences entre le chemin d’Arles et le Camino Francès

La plus grande différence est le nombre de pèlerins. Sur le chemin d’Arles, je voyais quelques rares pèlerins sur le chemin et j’en rencontrais quelques uns aux gites.

Sur le Camino Francès, c’est un défilé. Souvent il n’est plus nécessaire de suivre les flèches jaunes, il faut suivre le pèlerin qui vous précède.  Cela jusque vers 11h30, ensuite la majorité s’arrête aux albergues à cause de la chaleur.

Sans parler des 100 derniers km, où là c’est la foule. Je dépassais des classes entières qui « faisaient Compostelle » pour des raisons plus matérielles, points supplémentaires pour les épreuves d’examen ou pour leur curriculum vitae.

Ensuite pour les 10 derniers km il y a les cars de touristes qui déversent les derniers pèlerins.

Un grand nombre de pèlerins le font en vélo, pour majorité des espagnols ou des italiens. J’en ai même vu en vélo électrique !! Pour moi, çe n’est pas ça le chemin de Compostelle. Pour faire simple, il faut être seul, à pied, porter son sac et loger dans des dortoirs. Mais à chacun son chemin.

Encore une différence c'est l’heure de départ. En France je ne suis jamais parti avant le lever du jour, en Espagne j’étais réveillé par certains qui partaient à 4h30 avec la frontale !!

Il y a aussi le nombre important de logement sur le Camino Francès. Si un hébergement est plein, il suffit de faire 4 ou 5 km pour en trouver un autre. Je n’ai jamais réservé et j’ai toujours trouvé un lit. Une fois conduit par le patron d’une albergue à un autre endroit après qu’il ait téléphoné.

Enfin, une dernière différence est le nombre de jeunes sur le Camino Francès. Ils sont plus de la moitié des pèlerins, cela change de la voie d’Arles où je n’en ai vu que quelques rares. Il est vrai que pour la majorité des étrangers, le chemin de Compostelle part de Saint-Jean-Pied-de-Port. Alors que les chemins en France offrent certainement plus de diversité de paysages. Toutes les nationalités sont représentées et les français ne sont pas en majorité.

Quelques hébergements sortant du quotidien

Sur le Camino Francès, je n’ai pratiquement que logé et pris mes repas dans des albergues privées. Vu les prix pratiqués, je trouve qu’il est bien de privilégier le tourisme local.

Certains hébergements m’ont laissé un excellent souvenir :

  • -       À Azofra, l’albergue municipale Herbert Simon offre des places en box de deux personnes bien agréables.
  • -       À Tosantos, l’albergue privée Los Arancones est très agréable avec un beau jardin rafraichissant avec les grosses chaleurs.
  • -       À Castrojeriz, l’albergue privée E Ultreïa dans un très joli village. Bien reçu par un couple, un bon repas et une visite des caves rafraichissante.
  • -       À Puente-Villarente, superbe albergue privée San Pelayo. Excellent repas et soirée mémorable accompagnée d’un harmonica, une guitare et une flute.
  • -       À San-Martin-del-Camino, une agréable albergue dans un village qui l’est moins au bord de la nationale. Une vrai paëlla faite pour les pèlerins autour d’une grande table.
  • -       À Santa-Irène, la très jolie et intime albergue Santa-Irène. Un confort rare, draps, couverture et serviettes. Un excellent repas de poissons changeant des repas typiques de pèlerins.
  • -       Enfin à Saint-Jacques je conseille le restaurant Casa Manolo, praza de Cerventes. Service rapide, mais de qualité.

Philosophie du chemin

À part le coté sportif qui est très important pour moi sur le chemin, j’en ai tiré quelques enseignements. En voyant toutes ces personnes qui sortent de leur quotidien pour aller sur les chemins avec un confort minimum, des jeunes et des gens âgés, de toutes nationalités, prêt à aider son voisin, cela redonne de l’espoir dans « les gens ». J’en avais besoin à force de voir le mauvais côté tous les jours aux actualités.

Bien sûr, tout n’est pas angélique sur le chemin. J’ai vu des pèlerins étant contre toute immigration et certains ayant des réflexions racistes. Mais lorsque j’entendais un coréen du Sud disant qu’il n’avait pas peur de ses compatriotes du Nord, que les querelles n’étaient que politiques, cela redonne espoir.

 

Mes prochains projets sont certainement les chemins en France, Vézelay ou Le Puy-en-Velay. Uniquement la partie jusque Puente-la-Reina. Et peut-être le Camino del Norte qui est certainement plus varié que le Camino Francès.

Photos à venir, tri en cours